4 mois après… où est-ce qu’on en est?

 » C’est la douleur qui fait écrire tu sais. Les gens heureux n’ont pas d’histoire.
Ils se taisent et se contentent d’aimer. »

J’ai lu cette citation sur le mur Facebook d’une adolescente hier et elle m’a beaucoup touchée et interpellée.

Cela fait exactement 4 mois que Yohann n’est plus avec nous physiquement et cela fait un petit moment que je n’ai rien écrit. Alors se pourrait-il qu’on soit heureux puisque je n’ai plus grand choses à raconter? Ou juste que la douleur est moins présente ?

Je laisserai le soin aux autres experts en jugement de donner le verdict car nous concernant une chose est sûr : Yohann est toujours au centre de notre vie, nous pensons à lui au réveil, ou dès qu’on voit des enfants, ou juste une poussette, ou juste en vivant des petits détails de la vie.

Pour ma part je n’éprouve aucune difficulté à parler de lui et de toute notre histoire à toutes les nouvelles personnes que je rencontre. Souvent les gens sont pris de court et ne savent pas comment réagir ni quoi dire. Je les comprends tout à fait. Ils sont même des fois gênés. Et je me rends compte que petit à petit je change et je m’aperçois que le regard des autres m’affecte moins.

Mon petit garçon m’inspire à chaque instant et quand je repense à tout ce que nous avions traversé ensemble, je n’ai même plus le temps de regretter ou de culpabiliser de quoi que ce soit. J’ai juste le souvenir d’un être combatif et courageux, débordant d’amour et de simplicité.  Alors depuis qu’il est parti, la vie sera comme celle qu’il m’a montré : toujours chercher l’amour, ne jamais se plaindre mais au contraire remercier et apprécier chaque jour qui vient, montrer le chemin et la voix à ceux qui veulent nous suivre.

Oui Yohann avait une mission très spéciale à faire et il l’a bien accompli. La mienne sera maintenant de la continuer et de prouver qu’autres choses existent, ailleurs dans une autre dimension et dans un futur proche.

Je remercie mon Seigneur Jésus chaque matin de ce nous avons pu affronter ensemble ces épreuves avec JC, et de ce que nous sommes encore débout et ensemble après ce que tout le monde qualifie de dramatique. Et oui combien de parents ne survivent pas après de telle histoire, combien se séparent et combien en deviennent fous. Je ne les blâme pas du tout, au contraire je les comprends tout à fait car aujourd’hui je sais exactement ce qu’on éprouve dans ces moments.

Seulement par la grâce de Dieu et son amour infini, Il nous a préservé et Il a tenu sa promesse.  Et même si les gens qui nous écoutent nous font l’éloge de notre force de caractère et  tout ce que nous avons fait pour notre petit bébé, au fond de moi je sais que cela ne vient pas que de moi. Car au bout d’un moment si la fontaine ne se connecte pas à la source, elle s’épuise vite… c’est inévitable.

Je me souviens très bien de ces moments que j’ai passés à l’hôpital ou j’étais complètement affolée. Je voulais m’enfuir, je ne voulais pas de cette vie là, je niais même à un moment donné que je pouvais mettre au monde un bébé malade. Et oui j’ai pensé tout ça et je ne m’en cache pas, je ne suis pas parfaite.

Mais le premier qui ne me jugea pas et qui m’a pardonné c’était mon fils. Je me souviens encore de l’intensité de son regard et la force avec laquelle il insistait pour me faire comprendre qu’il avait besoin de moi. Et je venais vers lui et il en était comblé et heureux. La photo ci-dessous me rappelle très bien un de ces moments. C’était quelques jours avant qu’il s’en aille.

 

Je me souviens de la scène comme si c’était il y a quelques heures. Il devait être vers 17h, il était sur son tapis de jeu avec tous ces jouets. Moi et son père étions à côté sur la table avec nos ordis respectifs. Je devais travailler ou faire autre chose. Alors je le regardais de temps en temps et quand je suis tombé sur son regard je n’ai pas résistée, j’ai pris la photo et une fois la photo prise je le rejoignis et je lisais ses livres avec lui.

Pendant longtemps cette scène me troublait à chaque fois que j’y pensais et surtout je me culpabilisais car à l’époque si j’aurais su qu’il nous quittera quelques jours après, j’aurais peut être fait autrement.

Alors après avoir parlé avec une nouvelle connaissance, je viens de comprendre que je n’avais aucunement à m’en vouloir. Je répondais à ce qu’il attendait de moi à ce moment précis. Et plutôt que de vivre avec des  « SI », je suis déjà très contente d’avoir laissé ce soir là mon ordi et de l’avoir rejoins. C’est une histoire parmi d’autres mais pleine de sens pour moi.

Pas plus tard qu’hier je faisais encore des cauchemars sur ce que nous vivions, et j’ai réalisé que je n’arrêtais pas de me culpabiliser. Oui on veut toujours faire mieux, plus ou autrement dans la vie mais cela ne sert à rien. Il faut centrer son attention à ce qu’on fait sur le moment présent, en être conscient et surtout agir avec de l’amour. Car l’amour pardonne tout. L’amour que nous partageons avec Yohann a suffit à ce que nous ouvrions les yeux sur ce qui es essentiel et sur ce qui est à venir.

Je suis loin de dire que nous avons compris toute chose ou que nous sommes maintenant guéris (d’ailleurs je n’aime pas ce mot car nous ne sommes pas malades)…  Seulement nous apprenons chaque jour et nous avançons autrement. Nous donnons un autre sens à notre vie et nous essayons de la partager à ceux qui veulent bien l’entendre. Pour ceux qui font la sourde oreille et qui n’arrête pas de juger et de raconter des médisances sur nous, je leur dis que je les ai déjà pardonné et qu’un jour ou l’autre la vérité et la justice apparaîtra.

Oui malheureusement beaucoup s’attende à ce qu’on s’écroule après cette histoire pour se réconforter eux dans leur incompréhension. Beaucoup s’attend à ce que moi et ma famille pillent mon mari « Vazaha » et beaucoup s’attende à ce que nous perdions notre société à Madagascar car nous ne sommes plus sur place pour la gérer. Pour beaucoup nous avons pété un câble et rejoins des sectes bizarres (si être chrétiens maintenant est considéré comme faisant partie d’une secte alors je le réclame haut et fort, oui je suis chrétienne, lol). Pour la plupart nous devrions consulter des Psy ou suivre des psychothérapies. Sans doute ce sont des réactions normales d’humain et des conseils d’amis plein de bons sens.

En attendant personne ne sait et n’a  réellement vécu aussi bien physiquement que moralement  ce moi et mon mari avons vécu et vu. Le reste n’est que du bla bla.

Pour finir voici une partie d’un texte que j’ai lu sur le blog d’une maman qui vient de perdre sa fille de 6 ans au mois de janvier suite à une maladie presque pareil à celle que Yohann avait.

ci-dessous son texte original  dont le titre est:   Car , c’est exactement ça :=(

« 1 jours,1semaine, 1mois, 6mois, 1 an, 2 ans, 5 ans, 10 ans, 20 ans même, nous séparent du départ de notre enfant et nous, parents en deuil, avons besoin des autres.

Bien que nous ne soyons pas faciles à vivre, nous aimerions rencontrer de la compréhension dans notre entourage ; nous avons besoin de soutien.
Nous aimerions que vous n’ayez pas de ré
serve à prononcer le nom de notre enfant mort, à nous parler de lui. Il a vécu, il est important encore pour nous ; nous avons besoin d’entendre son nom et de parler de lui ; alors, ne détournez pas la conversation. Cela nous serait doux, cela nous ferait sentir sa mystérieuse présence. Si nous sommes émus, que les larmes nous inondent le visage quand vous évoquez son souvenir, soyez sûr que ce n’est pas parce que vous nous avez blessé. C’est sa mort qui nous fait pleurer, il nous manque !
 Merci à vous de nous avoir permis de pleurer, car, chaque fois, notre cœur guérit un peu plus. Nous aimerions que vous n’essayiez pas d’oublier notre enfant, d’en effacer le souvenir chez vous en éliminant sa photo, ses dessins et autres cadeaux qu’il vous a fait. Pour nous ce serait le faire mourir une seconde fois.

 Être parent en deuil n’est pas contagieux ; ne vous éloignez pas de nous. Nous aimerions que vous sachiez que la perte d’un enfant est différente de toutes les autres pertes; c’est la pire des tragédies. Ne la comparez pas à la perte d’un parent, d’un conjoint ou d’un animal. 

 Ne comptez pas que dans un an nous serons guéris ; nous ne serons jamais, ni ex-mère, ni ex-père de notre enfant décédé, ni guéri. Nous apprendrons à survivre à sa mort et à revivre malgré ou avec son absence. Nous aurons des hauts et des bas. Ne croyez pas trop vite que notre deuil est fini ou au contraire que nous avons besoin de soins psychiatriques. Ne nous proposez ni médicaments ni alcool ; ce ne sont que des béquilles temporaires.
 Le seul moyen de traverser un deuil, c’est de le vivre. Il faut accepter de souffrir avant de guérir. Nous espérons que vous admettrez nos réactions physiques dans le deuil.
 Peut-être allons-nous prendre ou perdre un peu de poids, dormir comme une marmotte ou devenir insomniaques.
 Le deuil rend vulnérable, sujet aux maladies et aux accidents. 

Sachez, aussi, que tout ce que nous faisons et que vous trouvez un peu fou est tout à fait normal pendant un deuil ; la dépression, la colère, la culpabilité, la frustration, le désespoir et la remise en question des croyances et des valeurs fondamentales sont des étapes du deuil d’un enfant. 
Essayez de nous accepter dans l’état où nous sommes momentanément sans vous froisser. 
 Il est normal que la mort d’un enfant remette en question nos valeurs et nos croyances.
 Laisse-nous remettre notre religion en question et retrouver une nouvelle harmonie avec celle-ci sans nous culpabiliser. 
Nous aimerions que vous compreniez que le deuil transforme une personne. 
Nous ne serons plus celle ou celui que noue étions avant la mort de notre enfant et nous ne le serons plus jamais.
 Si vous attendez que nous revenions comme avant vous serez toujours frustré. 
Nous devenons des personnes nouvelles avec de nouvelles valeurs, de nouveaux rêves, de nouvelles aspirations et de nouvelles croyances. Nous vous en prions, efforcez-vous de refaire connaissance avec nous ; peut-être nous apprécierez-vous de nouveau?
 Le jour anniversaire de la naissance notre enfant et celui de son décès sont très difficiles à vivre pour nous, de même que les autres fêtes et les vacances. 
Nous aimerions qu’en ces occasions vous puissiez nous dire que vous pensez aussi à notre enfant. 

Quand nous sommes tranquilles et réservés, sachez que souvent nous pensons à lui ; alors, ne vous efforcez pas de nous divertir. 

 Les mots exacts pour le dire.
 Je vous en prie, ne me demandez pas si j’ai réussi à le surmonter, Je ne le surmonterai jamais.
 Je vous en prie, ne me dites pas qu’il est mieux là où il est maintenant, Il n’est pas ici auprès de moi.
 Je vous en prie, ne me dites pas qu’il ne souffre plus, Je n’ai toujours pas accepté qu’il ait dû souffrir. 
Je vous en prie, ne me dites pas que vous savez ce que je ressens, A moins que vous aussi, vous ayez perdu un enfant. 
Je vous en prie, ne me demandez pas de guérir, Le deuil n’est pas une maladie dont on peut se débarrasser. Je vous en prie, ne me dites pas « Au moins vous l’avez eu pendant tel nombre d’années », Selon vous, à quel âge votre enfant devrait-il mourir ? 
Je vous en prie, ne me dites pas que Dieu n’inflige pas plus que ce que l’homme peut supporter. 
Je vous en prie, dites-moi simplement que vous êtes désolés. 
Je vous en prie, dites-moi simplement que vous vous souvenez de mon enfant, si vous vous rappelez de lui. 
Je vous en prie, laissez-moi simplement parler de mon enfant. 
Je vous en prie, mentionnez le nom de mon enfant.
 Je vous en prie, laissez-moi simplement pleurer. 

 

Elle vit son deuil autrement et c’est tout à fait son droit, je crois que personne ne pourra la juger pour cela. Il n’y a rien d’autres à ajouter.
Nous vivons le notre, différemment mais c’est notre droit.

 

 

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2 réponses à 4 mois après… où est-ce qu’on en est?

  • Tahina dit :

    Chère Julia,

    Je veux juste de transmettre ces versets je les trouve tellement reconfortants, c’est dans les Lamentations de Jeremie Chapitre 3 verset 19 a 26
    « 19 Quand je pense à ma détresse et à ma misère,
    A l’absinthe et au poison; 20 Quand mon âme s’en souvient,
    Elle est abattue au dedans de moi. 21 Voici ce que je veux repasser en mon coeur,
    Ce qui me donnera de l’espérance. 22 Les bontés de l’Éternel ne sont pas épuisées,
    Ses compassions ne sont pas à leur terme; 23 Elles se renouvellent chaque matin.
    Oh! que ta fidélité est grande! 24 L’Éternel est mon partage, dit mon âme;
    C’est pourquoi je veux espérer en lui. 25 L’Éternel a de la bonté pour qui espère en lui,
    Pour l’âme qui le cherche. 26 Il est bon d’attendre en silence
    Le secours de l’Éternel.  »
    Biz

  • Vola dit :

    Courage Danie, tout ce qui compte c’est l’Amour. « Beaucoup d’eaux ne peuvent éteindre l’amour, et des fleuves ne le submergent pas. »

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