15h 44 : ça y est je viens de laisser mon bébé au sous sol pour la 3ème fois (le niveau des blocs à l’hôpital)

Je n’ai même pas eu la force de pleurer.

Je suis vidée par tout ça.

Je suis toute seule encore une fois dans cette chambre vide et froide.

Sans émotions, sans rien, seulement la solitude et la tristesse face à une injustice.

Je ne souhaite à aucune mère de devoir dire au revoir à son enfant à l’entrée d’un bloc opératoire. Le pauvre, il avait tellement peur que jusqu’à ce que la porte se ferme, nous sommes restés les yeux dans les yeux.

Que dire de plus, quoi écrire ?? quoi exprimer ? la colère, la peur, l’angoisse, la rage ? tous ces mots semblent vains tellement ils ne peuvent même pas exprimer la moitié de ce que j’ai dans mon cœur. Et malgré le retenu, je ne peux m’empêcher de hurler au fond de moi : MAIS POURQUOI MON DIEU ?? on m’avait dit qu’à un POURQUOI il fallait répondre POURQUOI PAS… mais cela ne m’a pas consolé du tout.

Je me retiens de pleurer mais c’est dur. Je n’ai pas envie de verser une larme car sinon je n’arriverai plus à m’arrêter. En plus lire les messages de soutien dans ces moments c’est la pire des choses à faire (lol)… trop fort et trop émouvant.

Peu de gens se rendent vraiment comptent de ce que c’est de vivre au quotidien avec une maladie aussi grave comme le cancer. Tous les jours avoir la peur que notre bébé souffre, qu’il en meurt, qu’il puisse être à l’agonie, paralysé, handicapé, assisté… tout ça à gérer tout le temps dans la tête. Essayer de profiter de lui au maximum sans lui montrer qu’on a tellement peur qu’on voudrait ne plus le lâcher quand on l’a dans les bras. Entendre ses rires malgré sa maladie. Voir son petit monde se construire à l’hôpital avec son petit oreiller, sa couverture, son doudou, sa peluche musicale, ses hochets préférés, et les quelques petites affaires que maman a pu glissées dans la valise avant l’évacuation. Céder à ses petites caprices car on se dit que de toute façon ce n’est ni le moment ni l’endroit pour le mater. Tout ça c’est notre vie maintenant…

Les attentes interminables à chaque opération, les résultats des analyses souvent décevantes mais qu’il faut accepter malgré tout. Les allées et retours à l’hôpital et les organisations pour savoir qui reste avec lui ce soir, et qui dort à la maison pour récupérer. Décider ensemble du soir où il restera tout seul avec les infirmières et fermer les yeux sur la douleur de le quitter à nouveau et de le laisser seul dans cette chambre avec pleins de bip bip partout.

 

En aucun cas tout cela n’est fait pour se plaindre ni pour qu’on ait pitié de nous, oh non !! c’est seulement notre vie, notre réalité qui est loin de tout ce qu’on a imaginé. Très très loin de ce qu’on avait prévu pour Yohann et pour notre petite famille. A travers ces mots je peux vider mon cœur et soulager ma souffrance.

 

J’ai qu’une hâte maintenant c’est de le revoir à nouveau et de le serrer dans mes bras. De sentir son petit corps innocent près de moi dans le lit et dormir paisiblement pour se reposer de toute cette souffrance.